Fin du Réseau Téléphonique Commuté (RTC) en France :

Réseaux télécoms & FTTH
Mercredi 30 mars 2022

Le Réseau Téléphonique Commuté des années 70 créé pour acheminer la voix

Il est décidé fin des années 1970 par le ministère Postes, télégraphes et téléphones (PTT qui sera séparé en deux entités, France Télécom en 1988 et La Poste en 1991) de déployer une infrastructure pour offrir un service de téléphonie fixe sur l’ensemble du territoire français.

Cette infrastructure, le Réseau Téléphonique Commuté, transmet un signal analogique : la voix est d’abord convertie en signal électrique par le combiné téléphonique, puis acheminé vers un central proche de l’abonné, transporté sur une longue distance vers un autre central proche du destinataire, et acheminé à nouveau vers un combiné qui convertit en sens inverse, le signal en son.

 

Fonctionnement du réseau téléphonique commuté

Schéma du fonctionnement du Réseau Téléphonique Commuté

Vers la fin du RTC

 

Malgré toutes les améliorations apportées au RTC depuis sa création, la transmission de la voix analogique conserve des contraintes qui petit à petit ont été résolues avec l’avènement des services numériques. En déclin progressif, la commercialisation de nouvelles lignes analogiques a été arrêtée le 15 novembre 2018. Il reste néanmoins à ce jour 6 millions d’abonnements RTC dont 13% d’abonnements en dégroupage partiel, c’est-à-dire un peu moins d’un tiers des abonnés sur paire cuivre.

Le RTC va donc disparaître progressivement pour laisser sa place au numérique notamment à la Voix sur IP (VoIP). À titre d’exemple, son arrêt technique est effectif dans 6 communes du Finistère et une dans le Val d’Oise depuis le 15 novembre 2021. L’ensemble des lignes RTC sera fermé au plus tard en 2030. Voici la liste des premières plaques concernées par la fin du RTC.

 

Plaques concernées par la fermeture du RTC

Source : Fédération Française des Télécoms

 

Les entreprises qui disposent encore des services qui utilisent le RTC (ex. FAX, PABX, services de sécurités etc.) devront travailler sur un plan de migration.

Afin de faciliter la migration du RTC à la voix sur IP, la Fédération Française des Télécoms (FFT) a publié un livre blanc présentant des recommandations facilitant cette transition.

 

Le passage de l'analogique au numérique

Avec l’apparition du numérique sur le câble téléphonique, l’abonné a conservé la possibilité de disposer de ses services analogiques avec le réseau RTC, tout en profitant en même temps, sur le même câble téléphonique, d’un abonnement numérique ADSL ou VDSL. Cet abonnement permet non seulement de fournir internet avec plus de débit, mais aussi la voix sur IP.

Avec cette évolution technologique, le régulateur a mis en place le dégroupage. Il s’agit d’une opération technique située dans le Nœud de Raccordement d’Abonnés (NRA) qui permet d’ouvrir la partie terminale de l’infrastructure cuivre (dite boucle locale cuivre) de l’opérateur historique (la boucle locale cuivre) à un opérateur concurrent, et ainsi permettre à ce dernier de fournir ses propres services numériques.

Le dégroupage peut être partiel : l’abonnement RTC de l’opérateur historique est conservé, tout en offrant un abonnement Internet xDSL avec un opérateur tiers.

Le dégroupage peut être total : la partie terminale de l’infrastructure est « débranchée » du réseau commuté de l’opérateur historique et l’abonnement lié au réseau RTC peut ainsi être économisé.

 

Schéma raccordement avant après technologie VoIP

Schéma raccordement avant après technologie VoIP

Source : Fédération Française des Télécoms

 

De la montée en débit de la boucle cuivre au déploiement de la fibre optique

Schéma XDSL Raccordement

Réaménagement de la boucle locale cuivre pour la montée en débit

Source : ARCEP

 

Les technologies xDSL sur cuivre ne sont pas exemptes de contraintes techniques. L’affaiblissement linéique du signal dans le câble téléphonique, empêche la montée en débit des abonnés trop distants des équipements opérateurs dans le NRA.

Ainsi, pour fournir plus de débit aux abonnés, les équipements opérateurs (appelés DSLAM) sont hébergés soit au NRA, soit dans un sous répartiteur, positionné entre le NRA et l’abonné, donc à une distance encore plus courte. Le sous répartiteur se transforme donc dès lors en NRA et se trouve opticalisé (relié au réseau fibre) dans la majeure partie des cas.

Plus les besoins en débits augmentent, plus le fil de cuivre du câble téléphonique se rapproche de sa limite physique. Au-delà de 4km, les montées en débit ne sont plus possibles, et seul un nouveau média, la fibre optique, permet d’offrir 1Gb/s jusqu’à 16km. C’est pourquoi, la France a décidé en 2013 de déployer la fibre Optique, dans toute la France, au travers du Plan France Très Haut Débit.

 

Vers la fin programmée des réseaux cuivre

Depuis la fin des années 90, les technologies xDSL ont permis de numériser la voix et d’augmenter significativement les débits internet. Ces technologies utilisent les câbles téléphoniques qui n’avaient pas été imaginés pour cet usage.

Le télétravail, les visioconférences ont vu leur usage s’accélérer avec la pandémie de COVID19 et les besoins en débits se sont encore accrus. De surcroît, il est maintenant avéré que les technologies cuivre sont plus énergivores que la fibre. Aussi, le passage à la fibre est-il un argument supplémentaire pour aller vers une sobriété carbone du numérique.

Le Plan France THD tenant ses promesses de déploiement, avec une France quasiment fibrée à 100% en 2025, Orange a annoncé vouloir fermer la boucle locale cuivre et a transmis à l’Arcep le 31 janvier 2022 son plan de fermeture. En effet, avec de moins en moins d’abonnés aux services analogique et numérique sur les réseaux cuivre, les coûts de maintien de l’infrastructure rapportés à l’abonné augmentent rapidement. Par ailleurs, il n’est plus pertinent de faire vivre deux réseaux télécoms en parallèle lorsqu’une Boucle Locale Optique (BLOM) est déployée et que les principaux opérateurs commerciaux sont présents. Une consultation publique est en cours et aboutira à une fermeture technique de la boucle locale, dont beaucoup imaginent qu’elle pourrait intervenir d’ici 2030.

Aussi, cette fermeture signerait, non seulement la fin du RTC, mais aussi celle de tous les services qui utilise la boucle locale cuivre.

Avec 2h d’interruption de service par ligne, imputable à l’infrastructure sur l’ensemble du cycle de vie, la boucle locale cuivre a démontré sa robustesse. La fibre devra tenir les mêmes promesses de pérennité.